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Randonner, trekker et courir en période de chasse : le guide pour partager la nature en sécurité

De septembre à fin février, la chasse se pratique sur les mêmes sentiers que la randonnée, le trail et le trek. Le risque pour un non-chasseur est faible, mais réel, et il se réduit surtout par l’information préalable et la visibilité.

L’essentiel : cinq réflexes

  1. S’informer avant de partir : calendrier du département, mairie, fédération des chasseurs, applications de signalement des battues quand elles existent.
  2. Choisir son terrain et son créneau : privilégier les zones peu boisées, les crêtes dégagées et les espaces d’accueil du public ; se méfier des petits bois et des fonds de vallon, surtout aux heures de faible luminosité.
  3. Se rendre visible : vêtement orange ou jaune fluo, sac et couvre-chef visibles ; éviter les teintes fauves, brunes ou blanches.
  4. Se faire entendre : parler, signaler sa présence, tenir son chien près de soi et le rendre visible.
  5. Ne jamais traverser une battue : en cas de panneaux, de cors, de détonations ou de chiens en action, contourner ou faire demi-tour.

Quand la chasse est-elle ouverte ?

Pour la saison 2026-2027, l’ouverture générale tombe entre le 13 et le 27 septembre selon les départements, et la clôture générale le 28 février 2027 : chaque préfet fixe ses dates par arrêté.

DépartementOuverture générale 2026Clôture générale 2027
Ariège13 septembre (plaine), 20 septembre (montagne)28 février
Tarn13 septembre28 février
Ille-et-Vilaine20 septembre28 février
Pas-de-Calais20 septembre28 février
Cher27 septembre28 février

Ces dates ne décrivent que la chasse à tir « générale ». Plusieurs périodes s’y ajoutent et allongent la présence de chasseurs sur le terrain :

  • Tir anticipé du grand gibier : le sanglier, le chevreuil et d’autres espèces peuvent être chassés à l’approche ou à l’affût dès le 1er juin dans plusieurs départements (Pas-de-Calais, Cher), le 1er juillet dans le Tarn.
  • Prolongations : la chasse du sanglier court jusqu’au 31 mai 2027 dans le Cher et le Pas-de-Calais, jusqu’au 30 juin 2027 dans le Tarn selon les conditions fixées par arrêté.
  • Chasse à courre : du 15 septembre 2026 au 31 mars 2027 dans l’arrêté consulté (Ille-et-Vilaine).
  • Gibier d’eau et oiseaux de passage : dates spécifiques, fixées par un arrêté national, donc distinctes de l’ouverture générale.

Le point à retenir pour un randonneur : la chasse en battue, la plus dense en chasseurs, se concentre sur l’automne et l’hiver, mais la présence d’un chasseur isolé est possible une grande partie de l’année. Pour votre département, l’arrêté préfectoral d’ouverture et de clôture de la saison 2026-2027 fait foi ; la Fédération nationale des chasseurs publie une carte qui renvoie vers chacun d’eux.

Ce que disent les chiffres

La chasse est aujourd’hui beaucoup moins accidentogène qu’il y a vingt ans, mais les non-chasseurs figurent bien parmi les victimes, et la baisse n’est pas régulière d’une saison à l’autre.

La saison 2025-2026 recense 92 accidents, dont 4 mortels, le plus bas niveau de décès jamais enregistré selon l’Office français de la biodiversité (OFB) ; 89 % des victimes sont des chasseurs. La saison précédente avait pourtant marqué un rebond : 100 accidents, 11 morts, tous des chasseurs, mais aussi 16 non-chasseurs blessés dont 3 gravement, contre 12 l’année d’avant.

Trois enseignements utiles pour qui marche ou court :

  • Le risque est concentré sur la chasse collective au grand gibier (sanglier, cervidés) : elle représente 63 % des accidents de 2024-2025, contre 37 % pour le petit gibier. C’est la battue, avec plusieurs tireurs et des chiens, qu’il faut savoir repérer.
  • Les causes sont des fautes de sécurité : non-respect de l’angle de tir de 30 degrés, manipulation d’armes, tir sans tenir compte de ce qui se trouve autour (haie, chemin, zone habitée). Le promeneur ne contrôle pas ces fautes, mais peut réduire son exposition.
  • Les accidents ne disent pas tout : l’OFB comptait 135 incidents matériels en 2024-2025 contre 104 la saison précédente, c’est-à-dire des tirs ayant touché des biens, véhicules ou bâtiments sans faire de blessé.

Un ordre de grandeur honnête : les décès de non-chasseurs sont rares (aucun sur trois saisons consécutives jusqu’en 2024-2025, mais un non-chasseur parmi les sept morts de 2020-2021). Rare ne veut pas dire négligeable quand on traverse un bois à l’aube en vêtements couleur feuille morte.

Ce que dit la réglementation, et ce qu’elle ne dit pas

Les règles de sécurité de la chasse reposent d’abord sur les obligations imposées aux chasseurs et sur des règles départementales ; elles ne vous imposent rien, et ne vous garantissent pas non plus un territoire sans tir.

  • Pas de jour sans chasse national. En janvier 2023, le gouvernement a écarté l’idée d’une interdiction le dimanche et a présenté à la place un plan de 14 mesures : formation, règles de sécurité pendant la chasse, partage des espaces. Des jours sans chasse peuvent en revanche être fixés localement par le préfet, et certaines forêts périurbaines excluent la chasse les jours de forte fréquentation, selon une réponse ministérielle ancienne : à vérifier auprès de votre mairie ou de l’office du tourisme.
  • Les règles de sécurité sont départementales. Le code de l’environnement (article L. 424-15) impose que le schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) fixe des règles de sécurité, opposables aux chasseurs et sanctionnées. C’est ce document, et non une règle nationale unique, qui prévoit par exemple le gilet fluorescent. Lors de l’opération nationale de décembre 2025, l’OFB a relevé 459 infractions, dont 246 liées à la sécurité, parmi lesquelles des manquements aux règles du SDGC comme le port du gilet.
  • Chasser sous l’emprise de l’alcool est interdit depuis un décret de septembre 2023, et tous les chasseurs doivent suivre une formation sécurité tous les dix ans (44 % l’avaient suivie à l’été 2025, l’ensemble avant 2030).
  • La chasse ne peut pas être interdite de façon générale, mais maires et préfets disposent de pouvoirs de police pour protéger la sécurité publique : un arrêté local peut donc encadrer un secteur précis.

Côté randonneur, rien n’impose le fluo ni d’éviter un secteur : ce sont des précautions, pas des obligations. Et un chasseur en règle n’est pas un chasseur infaillible : c’est la raison pour laquelle les réflexes qui suivent comptent.

Avant de partir : s’informer

Le meilleur moment pour éviter une battue est la veille de la sortie, pas le moment où l’on entend les chiens : plusieurs sources existent, aucune n’est complète, il faut donc en croiser deux ou trois.

  • La mairie et les panneaux d’entrée de sentier. Les sociétés de chasse signalent souvent leurs battues par affichage en mairie et sur site ; le secrétariat de mairie sait en général qui chasse sur la commune.
  • La fédération départementale des chasseurs, qui publie l’arrêté de la saison et les contacts utiles. Le plan de 2023 prévoyait aussi de rendre publics les jours de chasse des forêts domaniales et des terrains du Conservatoire du littoral : à vérifier pour les espaces que vous fréquentez.
  • Les applications de signalement des battues. En Isère et en Savoie, Land Share (aujourd’hui relayée par Chasse Info et Isère Outdoor) alerte le randonneur à environ 800 m d’une zone chassée ; Chassé & Croisé alerte à moins d’un kilomètre. Leur limite est structurelle : elles ne fonctionnent que si les chasseurs de votre secteur y déclarent leurs battues, et que si vous avez du réseau. Vérifiez d’abord si votre département ou votre société de chasse l’utilise.
  • Les hébergeurs, gîtes et refuges, pour un trek de plusieurs jours : ils connaissent les secteurs où les battues sont régulières.
  • Les espaces sans chasse, quand ils existent près de chez vous : cœurs de parcs nationaux, réserves, sites dont la chasse est exclue. Ils offrent une marge que rien d’autre ne remplace.

La réalité à garder en tête : une absence d’information n’est pas une absence de chasse. Les chasseurs critiquent eux-mêmes le principe d’une application où ils se signalent, notamment à cause du réseau en zone rurale.

Sur le terrain : se faire voir et se faire entendre

Un chasseur en battue regarde dans la direction où le gibier est attendu : plus vous êtes visible de loin, identifiable comme humain et audible, moins vous risquez de vous trouver dans une ligne de tir. Ces consignes sont des précautions de bon sens, pas des garanties.

Pour tous

  • Portez une couleur vive (orange, jaune fluo) sur le haut du corps et sur le sac ou le couvre-chef, c’est ce que visent les gilets des chasseurs eux-mêmes ; évitez le brun, le vert, le beige et le blanc.
  • Restez sur les chemins balisés ou larges ; ne coupez pas à travers bois, ne vous arrêtez pas en lisière ou dans un taillis, où un chasseur posté peut vous avoir dans son champ.
  • Parlez à voix normale, ne restez pas immobile et silencieux dans un sous-bois.
  • Tenez votre chien en laisse, avec un harnais ou un collier fluo.

Randonnée

  • Privilégiez les crêtes dégagées, les sentiers larges et les secteurs ouverts (landes, prairies) aux fonds de vallon et aux grands massifs boisés.
  • Évitez les sorties en sous-bois à l’aube et au crépuscule, quand la visibilité est la plus faible.

Trail

  • Vous allez vite et sans bruit : portez un vêtement fluo, évitez les écouteurs et ralentissez aux angles et aux entrées de bois.
  • Une boucle à proximité d’une zone d’habitation ou d’un chemin fréquenté est plus sûre qu’une trace sauvage en forêt un jour de battue.

Trek, expédition et bivouac

  • Prévoyez, pour chaque étape en forêt, une variante plus dégagée ou plus courte à choisir selon l’information du matin.
  • Installez le bivouac en terrain dégagé, loin des lisières, avec une tente ou un élément fluo bien visible depuis l’extérieur.
  • À l’aube, ne quittez pas le camp avant d’avoir signalé votre présence en parlant ou en faisant du bruit.

Coups de feu, chiens, chasseurs : que faire

Dès que vous soupçonnez une battue, arrêtez-vous, signalez-vous, puis quittez la zone par le chemin le plus sûr : ne cherchez pas à terminer la boucle à tout prix.

  • Vous entendez des tirs, des cors ou des chiens en action : restez sur le chemin, rebroussez chemin ou contournez par un itinéraire éloigné. Ne vous enfoncez pas dans le bois pour « passer vite ».
  • Vous êtes proche de la zone : parlez fort, appelez (« Promeneurs ! » suffit) et attendez qu’on vous réponde avant d’avancer.
  • Vous croisez un chasseur : saluez-le, demandez-lui où se déroule la battue et dans quel sens elle avance. Un échange poli donne plus d’informations qu’une discussion sur le droit de passer.
  • Des chiens de chasse approchent : ne courez pas, ne les touchez pas, laissez-les passer. Ils suivent une piste, pas une personne. Ne vous approchez pas d’un animal blessé.
  • Vous constatez un comportement dangereux (tir en direction d’un chemin, arme manipulée sans précaution, chasseur manifestement ivre) : éloignez-vous d’abord, puis signalez-le à la gendarmerie (17) ou à l’OFB, qui enquête sur chaque accident et incident.
  • En cas d’accident : appelez le 112 (ou le 15), donnez votre position GPS et prodiguez les premiers gestes de secours en attendant les secours.

Préparer son itinéraire en tenant compte de la chasse

La meilleure protection se prépare à la carte : un itinéraire de repli prévu à l’avance rend la décision de renoncer à un secteur bien plus facile à prendre le jour même.

  1. Calculez deux versions de l’étape ou de la boucle : une principale, éventuellement en forêt, et une de repli sur chemins larges et zones dégagées, de longueur et de dénivelé comparables. Exportez les deux en GPX pour la montre ou le téléphone.
  2. Repérez les points de sortie : routes, hameaux, parkings à moins d’une demi-heure de marche, pour quitter une zone sans improviser.
  3. Positionnez les passages sensibles : lisières, fonds de vallon, bois denses sur le tracé. Ce sont les tronçons à parcourir en milieu de journée, vêtu de couleurs vives.
  4. Décidez la veille, puis le matin, avec la mairie, les applications locales et les hébergeurs. Un trek de plusieurs jours gagne à intégrer une demi-journée de marge pour absorber un détour.

Le calcul d’itinéraire ne tient pas compte des zones chassées : c’est à vous de croiser le tracé avec l’information locale. Les dates et règles locales évoluent : vérifiez toujours l’arrêté de votre département.

Sources

Consultées le 11 octobre 2026. Les arrêtés départementaux sont liés dans le tableau du calendrier.